
Lauréat du prix Pulitzer, universitaire new-yorkais, Jacob Dreyfus a passé une année infiltré au sein de la milice suprémaciste des Aryan Blood.
Le procès qui s’ensuit – qui a fait tomber le redoutable King, sénateur de Géorgie -, a coûté la vie à sa femme, assassinée par les néonazis. Réfugié avec son jeune fils à Gourdon, petit village de Provence sous une nouvelle identité, il coule enfin des jours paisibles.
Jusqu’à l’instant où, dix ans plus tard, il apprend le décès de sa famille entière, éparpillée aux quatre coins des USA. Ils sont tous morts à la même seconde exactement, sans qu’on puisse d’aucune façon relier leurs décès. Que s’est-il passé ? Jacob, en compagnie de Bernard Solane, un vieux flic français anarchiste et épicurien, va chercher à le découvrir.
Mais qui est cet Horloger dont l’empreinte, de la Patagonie à la Côte d’Azur, de la Louisiane à Bruxelles, semble marquer chaque étape du parcours de Jacob et de celui Solane ?
Avis
Pour notre plus grand plaisir L’Horloger est un roman comme on en lit peu. Dense, ambitieux, percutant. Avec ce premier roman, Jérémie Claus impressionne par la précision de sa documentation, la construction millimétrée de son récit et son engagement assumé. J’ai adoré le style mordant et le ton vif, souvent drôle, parfois grinçant. Tout comme les jeux de mots et les petits noms donnés aux hommes politiques.
Ce roman est exigeant à plusieurs niveaux. C’est une belle petite brique qui traite de politique, notamment américaine, en mettant en avant la prédominance de l’extrême droite et ses conséquences passées et actuelles. Un véritable pamphlet contre Donald Trump. Et si les piques qui lui sont adressées sont savoureuses, L’Horloger nécessite de rester concentré.
C’est aussi le cas des chapitres très courts, qui nous font passer continuellement d’un lieu et d’une époque à l’autre, auprès de personnages très différents. Ils sont rythmés certes mais cette gymnastique est parfois épuisante mentalement. D’autant plus quand on essaie de relier ces éléments en cours de lecture. En réalité, tout est dans les détails et dans leur imbrication millimétrée.
Le style est agréable à lire mais j’ai parfois buté sur un vocabulaire volontairement recherché, qui m’a ralenti, sans réellement apporter de plus-value au texte. Des tournures comme « il sirote son rouge avec componction » m’ont arraché un sourire, mais ont coupé l’élan de lecture.
C’est un roman bourré de testostérone, porté par les personnages forts de Jacob Dreyfus et Bernard Solane, impressionnants de résilience, et qui nous fait voyager des Etats-Unis à la Provence, en faisant escale en Patagonie ou en Belgique. On aime: le clin d’œil de Jérémie Claes, caviste dans la vraie vie, qui glisse quelques grands crus dans ce roman.
J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir cette nouvelle plume belge même si le démarrage a été un peu difficile. Par contre, j’ai vraiment été déçue par le final orienté science-fiction, qui vient de nul part. Après un récit aussi solidement ancré dans la réalité, je m’attendais à une conclusion plus crédible. Avouons que ça a fait retomber mon enthousiasme.
L’horloger – Jérémie Claes – Editions Héloïse d’Ormessson – 2024
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- Commandant Solane
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