
August Drach grandit dans une maison à la périphérie d’une petite bourgade silencieuse et étrange. Son père, déçu par lui-même et par la vie, maltraite son fils, qui trouve du réconfort auprès de sa mère, Lilly. Mais un jour, le père quitte sa famille sans donner d’explications et sa mère ne parvient plus à lui donner la même tendresse. Elle se met progressivement à affaiblir l’enfant pour qu’il continue d’avoir besoin d’elle.
Ce n’est que des années plus tard qu’August parvient à se libérer de l’emprise de sa mère. Mais comment un adulte peut-il résoudre l’énigme d’une enfance qui a entremêlé si profondément cruauté et amour ?
Avis
Le petit August Drach vit entre sa mère quasi transparente et son père violent. C’est dans cette atmosphère peuplée de coups et d’insultes que grandit l’enfant, la peur chevillée au corps dans l’attente du prochain accès de colère de son père, toujours sur ses gardes face à un homme qui change les règles comme de chemise, qu’un rien fait sortir de ses gongs et qui donne plus d’affection à son chien qu’à son fils.
Des raisons du départ du père, on ne saura rien. Sauf qu’il va s’agir du point de bascule pour Lilly, qui va se donner pour mission de dédier entièrement sa vie au bien-être de son fils. Mais à sa manière à elle c’est-à-dire qu’elle drogue régulièrement August, l’empoissonne même, pour l’affaiblir et se donner une raison de s’occuper de lui et de le sauver, comme la seule manière qu’elle a trouvée d’être une bonne mère. Les descriptions de ce qu’elle lui fait ingurgiter à son insu font froid dans le dos.
Malgré la situation, j’ai ressenti une forme d’empathie pour cette femme atteinte du syndrome de Münchhausen par procuration, dans une grande détresse mentale, mais surtout pour le petit garçon qui n’aspire qu’à avoir une enfance ordinaire.
L’apparition d’Otto Ziedrich dans leur vie va peu à peu changer la donne. Passant de médecin de famille à ami et protecteur, il se rapproche de Lilly et August, devant une figure masculine de référence dans le quotidien du petit garçon. J’ai trouvé que le passage de l’enfant à l’homme adulte s’est réalisée de façon brutale, sans que l’on sache comment il a évolué, quel a été son parcours ou comment il s’est détaché de cette mère omniprésente. Adulte, August subit sa vie, toujours sous la coupe d’Otto, qui l’entretient. Heureusement, à l’âge adulte, il va découvrir, à travers sa relation avec Ava, que l’amour n’est pas forcément synonyme de souffrance.
Outre la thématique, la grande particularité de ce roman est qu’il tient quasiment en un bloc, à peine découpé en quelques longs chapitres et ne comporte absolument aucun dialogue. La vie quotidienne de ces personnages est racontée par un narrateur extérieur omniscient, le texte est exclusivement descriptif, sans aucune aspérité à laquelle se raccrocher. Une narration linéaire et un ton monotone qui va bien avec la vie simple des personnages mais qui a été relativement difficile à lire pour moi qui ai l’habitude de récits plus vivants et rythmés.
La scène finale, pourtant attendue, m’a étonnée venant d’August, cet être qui semble indifférent à sa propre vie. Mais ça n’a pas suffit à m’enthousiasmer. Je pense que je m’attendais vraiment à autre chose et j’ai eu beaucoup de mal à terminer ce roman.
Je remercie néanmoins les Editions Plon et Babelio pour cette lecture.
L’invention de la douleur – Valérie Fritsch – Editions Plon – 2026
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