
Comment Saül Birnbaum, né à Braunau-sur-Inn, survivant d’une vieille famille de restaurateurs judéo-polonais, ouvre un delicatessen à New York, puis réalise son rêve de devenir producteur de films. Le roman raconte comment, par l’entremise du fils notoirement antisémite d’un ex-notable du gouvernement de Vichy, le film mis en scène par le neveu de Saül, John, dont la filmographie comporte en tout et pour tout des communions, des mariages et un sitcom en yiddish, se retrouve primé à Cannes. Comment Saül Birnbaum hanté par le souvenir de son amour d’enfance, Hilde Hitler, nièce du Führer recouvre, en fréquentant d’inconfortables salles d’art et d’essai de Manhattan, le goût de la vie, les saveurs du sexe et même les délices du bonheur avec une mystérieuse projectionniste, la belle Hannah, rescapée d’Auschwitz.
Avis
La première édition de ce roman date de 2013. Il est réédité en 2022 par les Editions M.E.O. à l’occasion de la sortie du film qu’il a inspiré: Le chemin du bonheur.
Nous nous retrouvons au cœur d’une famille juive. Alors qu’Adolf Hitler accède au pouvoir, Jacob est envoyé dans un camp de travail puis à Dachau. Son épouse Ethel se retrouve seule avec leur petit garçon Saül. Ils se réfugient dans la famille à Vienne mais Ethel, inquiète pour l’avenir de son fils dans un pays où les Juifs ne sont pas les bienvenus, prend une décision très difficile. Elle décide de l’envoyer en Belgique pour le mettre à l’abri, via des Kindertransporte organisés par la Croix-Rouge. L’enfant est accueilli par un couple de Belges, mais ce qui devait être un court séjour s’est avéré être définitif.
Cette histoire nous est contée par Saül lui-même. Sans être larmoyant, il énonce les faits tels qu’il les perçoit sous son regard d’enfant. Et même avec une sorte de dérision, une moquerie sous-jacente pour ces peuples qui retournent leurs vestes et humilient ceux qui étaient auparavant leurs voisins, pour ne pas déplaire au nouveau dirigeant nazi.
Alors qu’il est exilé à Bruxelles, loin de sa famille dont il n’a plus de nouvelles, Saül se réfugie dans les salles de cinéma pour échapper à l’ambiance délétère et se prend de passion pour le 7e art et la musique américaine. Devenu adulte, il partage d’ailleurs sa passion avec son neveu John, qu’il propulse dans une carrière de vidéaste. D’ailleurs, ce roman contient de nombreuses références cinématographiques, surtout des années 60, qui donnent envie de voir ces films.
Les personnages sont vrais et attachants, et on sent bien que l’auteur a puisé dans sa propre vie et ses souvenirs pour l’écrire. Les propos ne sont pas toujours faciles mais empreints de réalisme. Puis la surprise des retrouvailles avec des êtres chers et le pardon enfin accordé.
Finalement, Le cinéma de Saül Birnbaum est la success story d’un petit gars qui n’a pas eu la vie facile mais qui a grandi par lui-même, en opposition avec la pauvreté culturelle de son milieu de vie, avec de grands rêves de cinéma devenus réalité.
Les histoires individuelles sont une autre manière de raconter l’Histoire et nous permettent de la voir sous un jour différent et plus humain.
Remerciement aux Editions M.E.O. pour cette lecture.
Le cinéma de Saül Birnbaum – Henri Roanne-Rosenblatt – Editions M.E.O. – 2022
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