
Il n’est jamais trop tard pour dire merci.
Gina, charmante vieille dame d’origine italienne qui mène une existence modeste à Paris, a un péché mignon que tout le monde ignore : elle va chaque mois jouer aux machines à sous. Et voilà qu’un jour, elle gagne…
Aussitôt, Gina prend une folle décision : cet argent, elle va le partager avec chacune des personnes qui ont joué un rôle dans sa vie et qu’elle n’a jamais pu remercier. Alors sans rien révéler à quiconque de son gain ni de ses intentions, Gina s’envole sur les traces de son passé…
Avis
Gina a 85 ans quand elle gagne le gros lot aux machines à sous. Elle décide alors de revoir les personnes qui ont compté dans sa vie (ou leurs enfants), ceux qui l’ont aidée d’une manière ou d’une autre, pour les remercier.
D’emblée, j’ai su que j’allais aimer Gina. Malgré son âge, elle est vive d’esprit, on l’imagine coquette et espiègle tout en étant attentionnée quand il s’agit de réconforter sa petite fille, qui vit des moments difficiles. Chloé, qui est d’ailleurs revenue en France après le décès soudain de sa mère, officiellement pour renouer avec ses racines et se ressourcer, en réalité parce qu’elle cache un secret lourd à porter. Même Olga, la voisine envahissante et déjantée, est attendrissante à sa façon.
Les personnages sont attachants et vibrants de réalisme, avec beaucoup d’empathie et une grande ouverture d’esprit alors même que la vie ne les a pas épargnés, entre l’immigration, le décès de proches et leurs souhaits contrariés par les us de l’époque. Julien Sandrel a donné vie à des personnages que l’on a l’impression de connaître et que l’on accompagne dans ce périple à travers la France et les Etats-Unis.
Merci, Grazie, Thank you aborde différentes thématiques. Celle de la transmission et de l’impact des secrets familiaux et non-dits sur les générations futures. C’est aussi un roman qui met en lumière les mentors, ces personnes qui changent nos vies, qui nous ont fait confiance et qui nous ont encouragé à avancer.
Mais l’auteur y aborde aussi des sujets très durs, comme celui de l’avortement (qui résonne en plus douloureusement avec l’actualité américaine), le déni de grossesse, la culpabilité de ne pas se sentir mère, la souffrance d’avoir toujours suivi le chemin tracé par d’autres. Je trouve extraordinaire à quel point Julien Sandrel arrive à se mettre dans la peau de ces protagonistes féminines et à transmettre leurs émotions sans jugement.
Les transitions entre le présent et le passé de Gina s’effectuent en douceur. On se laisse conduire, comme dans une valse avec un cavalier expérimenté. Il faut dire que Julien Sandrel n’a fait aucune fausse note depuis la sortie de son premier roman La chambre des merveilles. C’est un auteur qui est devenu incontournable et qui se classe définitivement parmi mes auteurs préférés.
Un roman touchant, qui nous pousse à l’introspection, une invitation à se libérer de ces entraves imposées par la société ou parfois par nous-mêmes. J’ai pleuré (évidemment), mais c’est plutôt bon signe puisque je classe ce roman parmi mes coups de cœur.
Remerciement aux Editions Calmann-Lévy pour cette très belle lecture.
Merci, Grazie, Thank you – Julien Sandrel – Editions Calmann-Lévy – 2022
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