Alessandro – Charlotte Moors

Note : 5 sur 5.

Cinq coups. Six. Dix. Plus de souvenirs à l’horizon. Plus de rétrospectives. Juste deux corps juxtaposés. L’un vivant. L’autre mort. À quelques mois de sa retraite, Françoise, institutrice primaire, reste extrêmement motivée par son métier et l’importance de son rôle auprès des enfants. Un jour, elle apprend que l’un de ses anciens élèves, Alessandro, a commis l’irréparable. Que s’est-il donc passé en dix ans pour que cet élève si prometteur se retrouve écroué en attente de son procès, inculpé d’un parricide qu’il a lui-même avoué ?

Avis

Alessandro explore la complexité de l’être humain avec beaucoup de finesse . À travers l’histoire d’Alessandro, un jeune homme emprisonné pour un parricide qu’il a commis à 17 ans, l’auteure nous invite à réfléchir sur la violence, la solitude et la quête de rédemption, tout en brossant les portraits de personnages profondément humains et attachants. En lisant le résumé de ce roman, je ne m’attendais à rien de particulier et certainement pas à ce tourbillon d’émotions!

Le récit se déroule sur 10 ans. En 1997, Alessandro a 8 ans et il entre dans la classe de Madame Françoise en 3e primaire. C’est un petit garçon sensible et timide qui se réfugie sans les livres et son monde imaginaire pour échapper à un environnement familial violent. En 2007, Françoise apprend qu’Alessandro, alors âgé de 18 ans, est incarcéré pour avoir commis un parricide, pour lequel il s’est livré à la police. C’est son histoire qui nous est racontée dans ce roman, à travers ses propres paroles mais aussi celles de Françoise, particulièrement ébranlée par la nouvelle.

Dès les premières pages, je me suis attachée à Alessandro, d’autant qu’il exprime lui-même ses préoccupations d’enfant (certes avec vocabulaire pas toujours adapté à son jeune âge). Abandonné par sa mère qui le laisse à la charge d’un père violent et alcoolique, ce petit bout a mûri à travers la dureté de son quotidien, se nourrissant de mangas et de sa passion pour la musique classique, l’art et la lecture, pour fuir un monde qui ne lui fait aucun cadeau. J’avais tellement de peine pour lui!

Ce qui m’a frappée, c’est la capacité de Charlotte Moors à rendre ce personnage profondément humain. Alors qu’il a tué un homme et que l’on ne peut cautionner ce geste, on comprend qu’il s’agit d’un acte désespéré, presque le résultat logique d’une vie marquée par le rejet et la solitude. Très vite, j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour ce personnage.

L’autre personnage central de ce roman est Françoise, son ancienne institutrice. La nouvelle de l’incarcération d’Alassandro la touche particulièrement et, très vite, elle s’investit dans une relation épistolaire avec le jeune homme, lui envoyant des livres et l’encourageant. J’ai été touchée par la bienveillance de Françoise envers ses petits élèves, son réel intérêt pour ce qu’ils vivent, mais aussi par sa sollicitude sincère vis-à-vis d’Alessandro. Animée par ses valeurs chrétiennes, elle illustre parfaitement l’impact d’un adulte bienveillant dans la vie d’un enfant en souffrance. Une institutrice au grand cœur comme on voudrait que tous les enfants en connaissent.

Alessandro est lauréat du Prix Club de l’auteur belge, en catégorie thriller. Malheureusement, selon moi, il n’est pas dans la bonne catégorie. D’une part parce que ce roman ne répond pas aux codes du thriller et d’autre part parce qu’il ne suffit pas d’un meurtre pour faire d’un roman un policier (et encore moins un thriller). L’essentiel de ce roman est ailleurs et Alessandro ne peut pas être réduit à une simple histoire de meurtre.

Charlotte Moors a une écriture subtile et sensible, qui rend les émotions avec beaucoup de justesse et dans toute leur complexité. Elle doit être une fine observatrice et d’une grande sensibilité pour cerner les pensées intimes de ses personnages de façon aussi précise.

Vous l’aurez compris, Alessandro est un roman que je vous recommande, qui m’a tiré des larmes aux moments où je m’y attendais le moins.

Petite anecdote après toutes ces émotions: enfin un roman belge dans lequel on ne francise pas tout! Ici, les dates et années scolaires s’écrivent à la belge. Merci à l’auteure et aux Editions Academia de mettre en avant nos particularités linguistiques plutôt que d’essayer de plaire à nos voisins français, comme on le voit trop souvent dans d’autres maison d’édition.


Alessandro – Charlotte Moors – Editions Academia – 2024

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