Le procès Mein Kampf – Harold Cobert

Note : 4 sur 5.

L’histoire vraie et rocambolesque de la publication de Mein Kampf en France.
1934. La France s’est relevée de la Première Guerre mondiale mais l’incertitude plane quant aux véritables intentions d’Adolf Hitler, chancelier de l’Allemagne depuis 1933. Son manifeste, Mein Kampf (« Mon combat »), qu’il a écrit lors de son emprisonnement, rencontre un immense succès dans son pays. Mais, en France, on n’en connaît que des extraits et sa traduction ayant été interdite par le Führer lui-même, le texte entier reste inédit. Programme politique bientôt mis en œuvre ou simple écrit de jeunesse, que peut bien contenir Mein Kampf pour que les Français ne soient pas autorisés à le lire ? Hitler, qui ne cesse de clamer sur la scène internationale une paix désormais éternelle entre l’Allemagne et la France, chercherait-il à dissimuler des desseins et des intentions plus sombres ? Cette interdiction de publier intrigue pour des raisons bien différentes.
Tout oppose d’anciens combattants proches de l’Action Française à des militants de la cause juive, et pourtant ils vont s’unir dans leur désir de voir le manifeste illégalement traduit en français. Et c’est ainsi que naît une union sacrée, presque contre-nature, entre des adversaires quasi irréductibles mais rassemblés par une même cause.

Avis

Même si je n’ai pas lu Harold Cobert depuis longtemps, il fait partie de ces auteurs dont je suis l’actualité. Et la sortie de ce roman a particulièrement attiré mon œil. Le procès Mein Kampf est un roman engagé comme on en lit peu, d’un intérêt historique majeur.

2025 étant l’année du centenaire de Mein Kampf, publié pour la première fois en 1925, cette année est l’occasion idéale de revenir sur ces événements qui se sont produits en France en 1933 et 1934.

Hitler occupe alors le poste de Chancelier. Dans les médias, il clame haut et fort sa volonté d’une paix durable entre la France et l’Allemagne. Mais le Führer s’oppose farouchement à toute traduction française de son livre Mein Kampf (Mon combat) alors disponible dans 14 autres pays. De quoi attiser les suspicions. Lui affirme qu’il s’agit d’une œuvre de jeunesse qu’il a écrite en prison, sous le coup de la rancœur liée à son incarcération, et qu’elle ne reflète plus ses objectifs. D’autres estiment qu’Hitler y déclare la guerre à la France, en détaillant ses futures attaques.

Il n’en faut pas plus pour qu’un petit groupe d’hommes décident d’unir leurs forces pour publier illégalement une traduction française de Mein Kampf. Et le plus incroyable est que cette publication n’est rendue possible que grâce à l’union sacrée entre l’extrême droite antisémite et la Ligue contre l’antisémitisme qui, pour des raisons différentes, avaient intérêt à voir l’ouvrage publié. Par cette publication sous le manteau, le groupe espère ouvrir les yeux du gouvernement et du grand public sur les véritables desseins du Führer.

« Les mots comme des armes »

Grâce à ce livre, on est plongé dans la France des années 1930, avec un accent mis sur la situation politique, entre fervents défenseurs du nazisme prêts à s’aplatir au sol pour plaire au Führer et fidèles protecteurs de la démocratie, qui qualifient Hitler de « nain », « petit Autrichien agité » ou encore « gnome moustachu ».

Dans ce type de roman inspiré de faits réels, la part de réalité et de fiction pose toujours question mais je ne peux que souligner le travail documentaire et la précision des propos d’Harold Cobert.

Il met notamment en avant certains personnages qui ont le courage d’incarner leurs convictions et valeurs face au Reich, avec tous les risques que cela comporte. Petit clin d’œil à Philippe Lamour, un avocat flamboyant, volontiers taquin, imprévisible et humaniste prêt à risquer sa carrière pour que la France entière prenne connaissance des propos anti-français d’Hitler et du danger imminent d’invasion allemande.

Les personnes citées sont nombreuses et beaucoup de noms me sont totalement inconnus, mais ça n’empêche pas de comprendre le tournant qui se joue sous nos yeux. Personnellement, je ne suis pas sure que j’aurai mis l’accent sur le procès du printemps 1934 – Hitler contre l’éditeur et l’imprimeur – parce que cela casse un peu le rythme de la première partie. Certains raisonnements juridiques sont un peu difficiles à suivre pour qui n’y connaît rien en droit comme moi, mais ce procès de David contre Goliath reste malgré tout intéressant parce qu’il met en évidence des enjeux politiques bien plus grands.

Un titre qui a tout son sens en cette période trouble qui voit la montée de l’extrême droite sur tous les continents et l’arrivée au pouvoir de politiques dangereuses pour la liberté et les droits humains. Un roman hautement intéressant sur un fait inconnu ou méconnu de l’Histoire et que l’auteur met en perspective en faisant le lien avec l’antisémitisme ambiant, les pays qui censurent Mein Kampf et ceux qui utilisent ce qui est considéré comme le dogme du parti nazi à leur propre avantage.

Que pensez-vous de ce type de roman-réalité sur des thèmes historiques? Est-ce que ça vous intéresse?


Le procès Mein Kampf – Harold Cobert – Editions Les Escales – 2025

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