
François, fils d’ouvrier agricole au service des Vogelhof et Maria, la fille des fermiers se connaissent depuis leur plus tendre enfance. Leur amitié a grandi librement entre landes désertes et tourbières, forêts denses et collines ondoyantes, rivières impétueuses et lacs profonds.
Lorsque la douce Lucie arrive à la ferme pour un séjour chez sa cousine Maria, de sombres nuages commencent à s’insinuer dans la belle entente insouciante des amis.
Pourtant, des menaces bien plus graves vont s’abattre sur les jeunes gens. La guerre est déclarée et ce territoire est annexé par Hitler.
Avis
Dans ce roman, Christiana Moreau nous entraîne au cœur d’une période tourmentée de l’Histoire. Dès les premières pages, l’auteure plante le décor politique complexe : en 1919, les anciens territoires allemands des Cantons de l’Est deviennent belges, en compensation des ravages de la guerre. Mais la population reste coupée en deux entre ceux qui souhaitent rester belges et ceux qui rêvent de redevenir allemands et voient dans le Reich un avenir plus stable.
Dans cette région sauvage, Maria et François ont grandi ensemble, inséparables. Mais leurs familles respectives ont des opinions politiques diamétralement opposées. Alors que François représente l’attachement à la Belgique démocratique, Maria penche pour l’Allemagne et ses discours triomphants. Le 10 mai 1940, l’Allemagne envahit la Belgique par Liège et annexe de nouveau les Cantons de l’Est. Les deux amis vont être brutalement séparés. Maria est enrôlée dans une formation militaire tandis que François, lui, choisit la résistance, fidèle à ses convictions.
Aux vents déraisonnables aborde aussi l’histoire intime et personnelle de ces enfants devenus adultes. Maria, persuadée depuis l’enfance que François est son âme sœur, voit ses sentiments se transformer en obsession. Surtout lorsqu’arrive à la ferme sa cousine Lucie, aussi douce et discrète que Maria est colérique et impétueuse. Face au poids de la dictature, des privations et de la peur, les sentiments de la jeune femme, au lieu d’être un refuge face à l’adversité, vont la mener aux portes de la folie.
Dans ce roman, j’ai particulièrement apprécié l’ancrage historique, précis et passionnant, sur une période de l’histoire belge qui m’était inconnue. Comme la mention du Lebensborn de Soumagne, unique établissement de ce type en Belgique. J’avais déjà découvert ces pouponnières nazies dans le roman de Caroline De Mulder mais savoir que l’une d’elles se situait aussi proche de moi apporte une dimension historique forte, dérangeante mais instructive.
Les personnages sont réalistes et crédibles, profondément humains malgré les comportements déroutants de Maria. Les paysages naturels et sauvages des Hautes Fagnes, omniprésents et magnifiquement décrits en font presque un personnage à part entière.
Christiana Moreau est une auteure belge que j’apprécie particulièrement parce que ses personnages se trouvent souvent confrontés à une énigme qui les entraîne dans une période de l’Histoire qui a encore des résonances au présent, en référence à l’art. Je ne retrouve rien de tout cela dans Aux vents déraisonnables. Le récit est assez convenu et linéaire, sans véritable énigme, et si l’aspect historique est intéressant, j’ai trouvé que l’histoire d’amour prenait trop de place.
Aux vents déraisonnables – Christiana Moreau – Empaj Editions – 2024
Les histoires d’amour qui prennent trop de place, ça arrive souvent !
Je pense n’avoir pas encore lu cette auteure belge.
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Ce roman est différent de ses précédents. Si tu aimes les énigmes en lien avec l’art, entre Belgique et Italie, je te conseilles ses livres!
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