
5 heures maximum.
C’est le délai qui a été donné pour mettre aux enchères un pays, un peuple. Le Groenland. Quatre nations sont en jeu : les USA, la Chine, la Russie et le Danemark. Sous les yeux médusés de milliards de spectateurs, le Premier ministre groenlandais, Frederik Karlsen, donne le départ. Trahison ? Non. Il est menotté à sa chaise. Séquestré loin de tout. Sa femme et sa fille tenues en otage, suspendues à un câble d’acier, au-dessus de la banquise.
Avis
Il fut un temps où le Groenland semblait loin de tout, presque hors du monde. Un territoire immense, glacé, discret. Aujourd’hui, il est au cœur de toutes les convoitises. Et Mo Malø s’empare de cette réalité brûlante avec Groenland, le pays qui n’était pas à vendre.
Dès les premières pages, le choc est là. Le Groenland, tout juste indépendant, met son territoire aux enchères. 5 heures de compte à rebours pour une vente en ligne, visionnable dans le monde entier. Les grandes puissances sont au rendez-vous : États-Unis, Chine, Russie, Danemark.
Mo Malø connaît son terrain. Pour lui, le Groenland n’est pas qu’un décor spectaculaire de roman. Il parle d’un peuple, de ses traditions, de son rapport à la terre et à la glace et on retrouve déjà tous ces éléments dans sa série dédiée à Qaanaaq Adriensen. Le Groenland n’est pas un espace vide à exploiter, c’est un lieu habité, chargé d’histoire et de culture. Cette dimension humaine donne au roman une profondeur précieuse.
L’ascension de Freederik Karlsen, Premier ministre du nouvel État indépendant, incarne un rêve vite rattrapé par la réalité. Les caisses sont vides: les aides danoises ont cessé, le gel des exploitations minières ne rapporte rien. Alors vient l’impensable. Vendre le pays au plus offrant. Cette décision m’a sidérée et fait basculer le récit dans une forme de dystopie qui ressemble furieusement à notre présent.
On retrouve avec plaisir Qaanaaq Adriensen, retiré de la police, et Apputiku, désormais à la tête du poste de Nuuk. Les visages familiers ancrent le récit et donnent une continuité à l’univers de l’auteur. Le suspense n’est pas frénétique, surtout dans ce court roman de 127 pages, mais ce n’est pas là l’essentiel. Le roman agit autrement, en nous poussant à voir l’actualité sous un regard neuf. Et alors que les discussions autour des enchères pourraient sembler répétitives, elles ne le sont jamais vraiment. Des éléments inattendus viennent perturber le processus et maintenir la tension. On suit les tractations en direct, avec un malaise croissant.
Ce roman, à mes yeux, est un acte citoyen. Mo Malø se fait lanceur d’alerte, avec les armes qui sont les siennes, celles de la fiction. Il pose une question simple mais vertigineuse : jusqu’où peut-on aller au nom de l’argent et des ressources, au mépris d’une culture et d’un mode de vie ?
Le final m’a surprise. Et le retour de Qaanaaq Adriensen ouvre grand la porte à de nouvelles aventures, ce que je ne bouderai pas.
Groenland, le pays qui n’était pas à vendre est un roman court mais dense. Un texte qui résonne avec l’actualité, alors que les États-Unis multiplient les allusions à une possible annexion. Et c’est précisément ce qui rend ce livre aussi troublant qu’essentiel.
Groenland, le pays qui n’était pas à vendre – Mo Malø – Editions de La Martinière – 2025
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