Je ne te verrai pas mourir – Antonio Munoz Molina

Note : 2 sur 5.

La passion de Gabriel et Adriana semblait devoir durer toujours. Mais dans les années 1960, les stigmates de la guerre civile pèsent encore sur le destin des jeunes gens. Après cinquante ans sans un mot échangé, elle dans l’Espagne de la dictature, lui connaissant une carrière brillante aux États-Unis, ils se retrouvent au soir de leur vie pour une ultime rencontre.

Avis

Ce roman en quatre parties est porté par trois personnages.

Gabriel Aristu a grandi à Madrid, dans une famille cultivée qui a connu la guerre. Son père, qui a vécu l’emprisonnement, la faim et la peur d’être exécuté, souhaite une meilleure vie pour son fils. La famille va donc se sacrifier pour qu’il reçoive une bonne éducation, un bagage culturel et linguistique qui lui permettra de vivre dans un lieu plus sûr que l’Espagne d’alors. Après ses études, Gabriel va s’installer à Manhattan avec son épouse Constance et jouira d’une carrière grandiose dans le domaine des affaires.

Mais Gabriel n’oubliera jamais Adriana Zuber, qu’il a passionnément aimée quand il était un jeune homme encore plein d’avenir. Elle, restée en Espagne, a eu une vie difficile avec un mari qu’elle n’aimait pas vraiment. Tous deux ont vécu des vies parallèles sans jamais cesser de penser l’un à l’autre. 50 ans après leur dernière nuit d’amour, Gabriel la rejoint à Madrid alors qu’Adriana est malade et en fin de vie.

Enfin, il y a Julio Maiquez, un professeur d’université désabusé, qui subit sa vie tant familiale que professionnelle. Espagnol installé aux Etats-Unis, il se rapproche de Gabriel et devient son confident. Sa présence dans le roman est ambivalente: il apparaît comme un personnage secondaire, dont le seul mérite est d’être l’intermédiaire entre Gabriel et Adriana bien malgré lui, alors qu’une partie entière lui est consacrée.

Je ne te verrai pas mourir évoque la difficulté que connaissent de nombreux expatriés, celle de n’être chez eux nulle part. Gabriel est dans cette situation: on le considère comme un Espagnol aux Etats-Unis et comme un Américain en Espagne, avec la sensation de n’appartenir réellement à aucun de ces pays.

Adriana occupe peu de place dans ce roman, la parole étant donnée aux hommes. Mais tous ont cette approche très introspective sur leur vie. A l’âge de la pension, Gabriel fait le point sur sa carrière brillamment réussie dans les affaires mais il admet aussi qu’il n’a pas réellement posé de choix personnels, qu’il s’est laissé porté par les événements et par la volonté de son père. Son éloignement vis-à-vis d’Adriana en est le plus bel exemple. Lui qui se consumait d’amour et de désir pour sa belle se comporte comme un lâche.

Dans ce roman, la narration est un élément clé. La première partie, qui évoque les sentiments forts qui unissent Gabriel et Adriana, m’a vraiment étonnée. Imaginez, 70 pages d’un récit écrit en une seule phrase continue, uniquement ponctuée par des virgules, sans aucun point ni majuscule! J’ai eu l’impression de lire en apnée, de ne pas pouvoir reprendre mon souffre, immergée dans un tourbillon dont je n’arrivais pas à m’extraire. Je crois que c’est la première fois que je suis confrontée à ce type de narration. C’est d’autant plus étonnant que les trois autres parties sont écrites de manière plus classique, faisant retomber du même coup les émotions ressenties au début du roman.

La traduction de ce roman espagnol est magnifique! Je n’avais jamais lu Antonio Muniz Molina auparavant mais j’avais lu beaucoup d’éloges sur son écriture. Effectivement, il nous plonge dans les pensées intimes de ses personnages à travers une très belle langue et des mots justes qui rendent leurs émotions palpables.

Je ne te verrai pas mourir est un roman très dense, écrit par une très belle plume, mais qui n’est pas pour moi. Les personnages suffisants, les trop nombreux détails et un roman globalement déprimant ont fait trainer cette lecture sur une semaine entière.

Je remercie néanmoins Babelio et les Editions du Seuil pour cette découverte.


Je ne te verrai pas mourir – Antonio Munoz Molina – Editions du Seuil – 2025

2 commentaires sur “Je ne te verrai pas mourir – Antonio Munoz Molina

Ajouter un commentaire

Répondre à Les paravers de Millina Annuler la réponse.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑