
Dans une banlieue de Reykjavik, un bébé mâchouille un objet étrange… Un os humain ! Enterré sur cette colline depuis un demi-siècle, le squelette mystérieux livre peu d’indices au commissaire Erlendur. L’enquête remonte jusqu’à la famille qui vivait là pendant la Seconde Guerre mondiale, mettant au jour les traces effacées par la neige, les cris étouffés sous la glace d’une Islande sombre et fantomatique…
Avis
La femme en vert traînait dans ma PAL numérique depuis trèèèès longtemps. Le genre de lecture qu’on repousse sans trop savoir pourquoi, puis qu’on ouvre un jour un peu par défi.
Tout commence lors d’une fête d’enfants. Un étudiant en médecine vient récupérer son petit frère et remarque que le bébé de la famille mâchouille un os humain. Un morceau de côte plus précisément. Il provient d’un squelette mis au jour lors de travaux dans le quartier.
L’enquête est confiée au commissaire Erlendur Sveinsson et à ses adjoints Elínborg et Sigurdur Óli, de la Criminelle de Reykjavik. Très vite, on comprend que les ossements sont là depuis plus d’un demi-siècle et la piste mène à une famille qui vivait à proximité pendant la Seconde Guerre mondiale.
Et là, le roman bascule. On entre dans l’intimité d’un foyer ravagé par la violence. Un père brutal, une mère écrasée, deux petits garçons et Mikkelina, une fillette handicapée issue d’une précédente union. En parallèle de l’enquête, la mère raconte son mariage, les trois mois de répit puis la métamorphose du mari. La jalousie, les coups, les humiliations, les tentatives de fuite avortées et l’impossibilité de partir sans condamner ses enfants à la misère.
L’histoire de cette famille est très dure et, en tant que lecteur, on assiste, impuissant, à la destruction lente d’une femme qui choisit de se sacrifier pour protéger ses enfants. En réalité, La femme en vert n’est pas vraiment un polar. Personnellement, je le qualifierais de thriller domestique par la thématique qu’il aborde et tant il fait froid dans le dos.
En parallèle, Erlendur tente de retrouver sa fille Eva Lind, trentenaire, droguée et enceinte, qui lui a laissé un message inquiétant. Il écume les bars sordides de Reykjavik, traînant sa culpabilité de père comme un manteau trop lourd. Ces passages ajoutent une couche de mélancolie au récit, mais aussi beaucoup de détours.
Et c’est là que le bât blesse un peu. Je n’ai pas compris certains choix de l’auteur comme celui de confier la mise au jour du squelette à des archéologues pendant des jours, les fouilles qui s’éternisent, laissant aux enquêteurs le loisir d’explorer des pistes improbables. Les longues discussions sur le mariage, les enfants, l’engagement conjugal. Tout cela rend les personnages plus humains certes mais ça dilue la tension. L’enquête piétine, le rythme est lent et ça m’a exaspéré. En plus, on voit venir l’épilogue de loin.
Ce que j’ai beaucoup aimé, en revanche, c’est l’ancrage historique. Dans ce roman, il est question de la manière dont Reykjavik a traversé la Seconde Guerre mondiale. L’auteur islandais aborde l’exode rural vers la capitale, la ville qui s’étend trop vite, la pénurie de logements et les habitations insalubres en périphérie. L’Islande n’ayant pas d’armée propre, elle était à l’époque placée sous la protection de troupes anglaises puis américaines, ce qui a eu un impact certain sur la population et donne une réelle épaisseur au drame familial.
La femme en vert n’est pas un grand thriller, l’enquête part dans tous les sens et traîne en longueur. Mais c’est un roman dur, marquant et profondément humain, qui glace le sang par ce qu’il raconte de la violence conjugale et qui touche par sa justesse et son arrière-plan historique.
Pour rester sur cette belle lancée, je vais de ce pas sortir le tome suivant de ma PAL.
La femme en vert – Arnaldur Indridason – Editions Métailié – 2006
Du même auteur
Série du commissaire Erlendur Sveinsson
- Les fils de la poussière
- Les roses de la nuit
- La cité des jarres
- La femme en vert
- La voix
Trilogie des ombres
- Dans l’ombre
- La femme de l’ombre
- Passage des ombres
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