
Alors qu’Hélène, Raphaël et leurs enfants passent une journée banale entre courses et préparation d’anniversaire, tout explose. La ville sombre rapidement dans le chaos. La famille se réfugie dans sa cave, mais très vite, un choix et une responsabilité imprévus se présentent à elle.
Jusqu’où vont-ils devoir aller pour sauver ce(ux) qui compte(nt) vraiment ? Un roman qui questionne l’humanité, le courage et nos limites.
Avis
Ici s’arrête le monde est ma première lecture pour le Prix Club de l’Auteur belge.
Comme souvent avec Barbara Abel, la famille est au cœur de ce roman. Une famille ordinaire, un soir de septembre, à Bruxelles. Hélène, la mère toujours sous pression et son compagnon Raphaël, Laura l’ado modèle et Soline sa demi-sœur, en colère contre le monde et surtout contre sa mère, et puis Marius 8 ans. C’est une soirée ordinaire, on fête l’anniversaire de Soline, tout le monde est de bonne humeur, quand des explosions déchirent le ciel. On assiste alors à un scénario catastrophe : la capitale belge, siège des institutions européennes, est bombardée.
Très vite, la famille se réfugie dans la cave de l’immeuble, avec Felix, un petit copain de Marius qui passait la journée chez eux. On est seulement à la page 40 et la tension est déjà bien présente, entre sidération, panique et urgence.
Dans cette cave sombre, ils retrouvent les voisins. Treize adultes, un bébé qui hurle, des lampes de poche qui faiblissent, le froid, l’odeur de renfermé et, surtout, l’incompréhension totale. Les heures s’étirent, les nerfs lâchent, les voix montent et les masques sociaux tombent.
C’est là que le roman devient vraiment intéressant. Parce que Barbara Abel s’intéresse moins aux bombes qu’aux humains coincés dessous, à leurs réactions contradictoires, leurs peurs, leurs colères et leurs lâchetés aussi. Face au danger de mort, les personnalités se révèlent et le couple ne regarde plus dans la même direction. Là où Raphaël se replie sur son clan, prêt à sacrifier les autres pour sauver les siens, Hélène veut sauver tout le monde, au risque de les condamner tous.
J’avoue avoir été surprise par leur réaction après les premières frappes. Là où je m’attendais à un affolement généralisé, la famille rentre tranquillement dans son appartement, presque comme si de rien n’était. Pourtant, il faut partir, rendre Felix à ses parents, retrouver le père de Soline, trouver du lait maternel pour le bébé… Franchement, je n’ai pas compris.
J’ai été particulièrement touchée par les enfants, Marius et Felix, ces deux petits garçons projetés brutalement dans un monde qui n’a plus rien d’enfantin. Face à eux, la mort, les bombes, la peur qui se lit sur le visage des adultes, leurs propres émotions difficiles à canaliser à cet âge. Surtout Felix, un peu plus mature, qui voudrait se rendre utile, aider mais qui se heurte sans cesse à sa condition d’enfant, dépendant des décisions des adultes.
Tout le talent de Barbara Abel est dans ce roman. J’avais l’impression d’y être, d’être prise dans un tourbillon et de ne plus pouvoir en sortir. Le niveau de tension est tel qu’à chaque fois que je posais le roman, j’avais besoin de quelques secondes pour revenir à ma réalité, loin des bombes et de la poussière.
Pour autant, le roman n’est pas parfait. Certaines incohérences subsistent et m’étonnent comme l’absence totale d’informations venant des autorités ou des médias, ce silence étrange autour de la mère de Laura, qui ne semble jamais s’inquiéter du sort de sa fille, les secours qui tardent à intervenir. Mais il s’agit de détails qui s’effacent tant on est emporté par ce récit.
A travers ce roman, l’auteure interroge la famille. Entre celle du sang et celle que l’on a reconstruite, laquelle a le plus de légitimité ? Se bat-on avec la même intensité pour l’une et pour l’autre ? Jusqu’où peut-on aller pour protéger les siens ?
Barbara Abel, c’est la certitude de ne pas être déçu et elle le montre encore une fois dans ce roman. Malgré quelques fausses notes, j’en ressors assez secouée.
Ici s’arrête le monde – Barbara Abel – Editions Récamier – 2025
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