Impardonnable – Mathieu Menegaux

Note : 2.5 sur 5.

Deux récits, deux voix, deux ennemis a priori.
Lui s’appelle Paul. Jusqu’à peu, il avait une situation, une famille, un grand appartement à Paris, une vie. Mais un soir, il rentre en voiture après avoir bu, renverse un jeune homme à scooter et prend la fuite. L’accident tue l’adolescent et envoie Paul derrière les barreaux d’une prison.
Elle s’appelle Anna. Elle a perdu sa fille, Lucie, dans des circonstances similaires, mais son coupable à elle s’en est sorti avec un bracelet électronique. Depuis, Anna va de rage en peine. La justice les a broyés tous deux, murant l’une dans la colère et l’autre dans la culpabilité. Pour les aider, on leur propose de participer à une autre forme de justice, dite restaurative. Anna devra rencontrer Paul, l’écouter, lui parler. De son côté, Paul pourra enfin s’excuser. Mais peut-on accorder son pardon à celui qu’on ne hait que par procuration ? Et peut-il affranchir de la culpabilité ?

Avis

Depuis la mort de sa fille Lucie, Anna n’est plus que l’ombre d’elle-même. Alors qu’elle rentrait d’une soirée à vélo, l’adolescente a été percutée par un chauffard qui l’a laissée agonisante au bord de la route. Elle n’a pas survécu. Parallèlement à l’histoire d’Anna, Paul est emprisonné pour 7 ans après avoir tué un jeune qui circulait en scooter.

Impardonnable met l’accent sur les émotions des protagonistes. Auprès d’Anna, de son ex-mari Antoine et de leur fils, on ressent la douleur qui les habite, la culpabilité et l’impossible travail de deuil. Mais aussi l’incompréhension et la colère face à la libération de l’assassin de Lucie. Paul, lui, nous permet de voir de l’autre coté du miroir : la perte de liberté, la culpabilité, les remords d’un homme qui regrette son geste, qui a tout perdu. Mais aussi le mince espoir de pouvoir être libéré avant la fin de sa peine. Pourtant, si son impatience est légitime, en tant que lecteur, on se place immédiatement du coté de la famille meurtrie. D’un côté comme de l’autre, les émotions oscillent entre espoir et moments de doute voire de désespoir, volonté de se battre et tentation d’abandonner le combat de toute façon inégal.

L’auteur nous confronte au fonctionnement opaque de la justice, à son vocabulaire incompréhensible, à sa lenteur exaspérante, au peu de cas qui est fait de la victime et aux peines ridiculement faibles dans les cas d’accidents de roulage. S’affrontent alors deux points de vue: celui des familles qui veulent que le chauffard purge une peine exemplaire pour avoir tué, même involontairement, et celui du conducteur qui, certes, aura eu le temps de réfléchir à son acte mais qui sortira plus abimé que réparé par cette épreuve qu’est la prison.

A quoi sert de condamner un chauffard à la prison? Il va y apprendre à mieux conduire? A ne pas boire? A ne pas abandonner un accidenté au bord de la route?

La réflexion de Paul n’est pas tout à fait fausse. D’autres méthodes pourraient peut-être impacter plus efficacement le chauffard comme un travail d’intérêt général auprès d’accidentés de la route par exemple. Et si la quatrième de couverture aborde la notion de justice restaurative1, on en parle si peu ici que ça en devient anecdotique. Personnellement, j’aurai apprécié que ce processus soit davantage traité et que l’auteur montre vraiment l’impact positif qu’il peut avoir pour les deux parties.

En réalité, je ne m’attendais pas du tout à ce type de roman. En commençant ma lecture, je pensais que j’avais un policier entre les mains. Ce n’est pas du tout le cas. Selon moi, Impardonnable s’apparente plus à un témoignage qui aurait pour objectif de nous rallier à la cause, une sorte de réquisitoire pour que les chauffards qui ont tué volontairement ou non soient davantage punis.

J’ai aussi trouvé très étrange que l’auteur traite de deux affaires similaires sans mettre en contact les parents de Lucie et celui qui l’a percutée. Je ne vois pas ce que cela apporte à l’histoire d’avoir un protagoniste extérieur qui intervient.

En même temps, j’ai trouvé que les émotions évoquées semblaient tellement réelles que je me suis interrogées sur la possibilité que l’auteur évoque une histoire vécue. Malheureusement, si je trouve la situation triste et que je partage l’opinion sur le fonctionnement déplorable de la justice, je n’ai pas été emportée par ce roman.


Impardonnable – Mathieu Menegaux – Editions Grasset – 2025


  1. La justice restaurative en Belgique est une approche de la justice qui vise à rétablir le lien social et à réparer les dommages causés par les conflits. Elle se concentre sur la communication entre les parties impliquées, y compris les victimes et les auteurs, pour exprimer leurs besoins et leurs émotions dans un cadre sécurisé. Ce modèle, qui a émergé il y a plus de 20 ans, valorise des pratiques telles que la médiation et les conférences restauratrices, et s’oppose à la justice pénale traditionnelle en se concentrant sur la réparation et la responsabilisation des auteurs. (www.centreavec.be) ↩︎

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