Déferlante – Céline Denjean

Note : 4 sur 5.

louguerneau, Finistère Nord, 17 avril 2010. Malgré leurs conflits larvés, les Delaroche et les Chavez tentent de faire bonne figure autour du cercueil d’Alessandro Chavez, le fils unique d’Albertina, mort des suites d’une chute lors d’un footing matinal.
Albertina est dévastée, d’autant qu’elle ne croit pas à la thèse de l’accident. De là à nourrir des soupçons à l’égard de sa belle-fille, Cloé Delaroche, égérie du cinéma français dont Alessandro était en train de divorcer, il n’y a qu’un pas…
Quand, au cours de la cérémonie funéraire, l’actrice est victime d’un kidnapping, la mécanique des menaces et des révélations s’emballe, créant des réactions en chaîne qui ébranlent les deux clans. Malgré la farouche détermination de Pierrick Delaroche, le pater familias, à protéger les siens, les dés d’un jeu macabre et affranchi de toute règle sont lancés. Mais, attention, tous les coups sont permis, et certains sont prêts à tuer pour défendre leurs secrets les plus inavouables.

Avis

Dans ce nouveau roman de Céline Denjean, on fait la connaissance de deux clans que tout oppose: les familles Chavez et Delaroche. Leur seul point commun : Gustave 9 ans, issu du mariage de Cloé Delaroche et d’Alessandro Chavez. Sauf que ces deux-là sont en instance de divorce et s’étripent pour avoir la garde du garçon. La mort inopinée d’Alessandro redistribue alors les cartes et oblige Cloé à discuter directement avec sa belle-mère Albertina, qui la déteste.

En réalité, la mort d’Alessandro est le point de départ d’une réaction en chaine qu’aucun des protagonistes n’avait anticipée, comme une vague si submerge tout sur son passage. Dans une succession de mauvaises décisions, on découvre que chaque personnage cache des secrets de famille. Viol, fausses déclarations, argent sale planqué dans des paradis fiscaux, enlèvement, membre de la famille renié… Il y a un paquet de cadavres dans les placards du beau manoir Delaroche!

Sous des dehors parfaits et lisses, les personnalités sont complexes, forgées par des traumatismes d’enfance, des relations familiales conflictuelles, une quête constante d’amour et de reconnaissance, l’injonction de se montrer fort en toutes circonstances. Cloé révèle une addiction à la violence façonnée par sa sordide histoire d’enfant star manipulée par son mentor tandis qu’Albertina, profondément marquée par la mort de son fils unique, reporte son amour sur son petit-fils Gustave. Elle, qui est dure et froide, se révèle être d’une grande douceur avec le petit garçon.

Après avoir lu Le cheptel, Déferlante est le 2e roman que je lis de Céline Denjean. Addictif, complexe et rythmé, chaque chapitre de ce roman nous réserve son lot de rebondissements et de nouveaux éléments. J’ai trouvé intéressant de voir le même événement raconté par des personnes différentes, selon un autre point de vue, bien que cela induise aussi quelques longueurs lorsque des répétitions apparaissent.

Le malaise se fait rapidement sentir lorsque l’on aborde les comportements sexuels violents de Cloé. Personnellement, j’ai trouvé que les scènes de violences sexuelles et de viols étaient absolument horribles à écouter et je m’interroge sur leur réelle utilité.

Face à ce roman aux thématiques lourdes, les intermèdes entre la femme et Le Curé, qui discutent de l’affaire comme des amis de longue date, sont comme des respirations qui font retomber la pression par leur légèreté. Le procédé est intéressant et j’ai beaucoup apprécié l’épilogue où l’auteure nous fourni de précieuses informations sur le meurtrier.

En bref, j’ai pris beaucoup de plaisir à écouter ce livre audio et à assister à l’effondrement de toutes les pièces de ce jeu de dominos. Mes 4 étoiles vont autant au roman qu’à la lectrice Léovanie Raud, pour sa formidable interprétation des personnages, leur donnant réellement vie.

Remerciement à Lizzie et à NetGalley pour ce livre audio.


Déferlante – Céline Denjean – Lizzie – 2026

Du même auteur

Série Eloïse Bouquet
  1. La fille de Kali
  2. Le cheptel
  3. Double amnésie

5 commentaires sur “Déferlante – Céline Denjean

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  1. merci pour cette chronique

    une mention, cela étant, puisque vous posez la question de là pertinence des lscènes de violence sexuelles.

    celles-ci répondent à la réalité de commentaires (que je trouve, eux, d’une violence inouïe!) lus sur les RS concernant la dénonciation sur le tard d’abus vécus par des femmes du cinéma. J’ai pu lire à x reprises : « un peu facile de dénoncer dix ans après! » ou « encore une dénonciation qui tombe à pic! Besoin d’attirer l’attention avec un coup de projecteur! » ou encore, le grand classique « si elle n’était pas d’accord, elle n’avait qu’à dire non au lieu de s’afficher, à l’époque, aux bras de son prétendu violeur! »

    bref… j’ai voulu montrer que non, dénoncer n’est pas facile, que oui, l’emprise ça existe, que oui, une femme peut se construire de manière déviante quand elle subit des outrages répétés…

    bien sûr, c’est malaisant de lire ces qq passages violents… et je n’ai pris aucun plaisir à les écrire! En revanche, le livre n’aurait pas la même portée sans ces passages qui heurtent et sont censés interpeler sur les relations déséquilibrées où se mêlent pouvoir, domination, séduction, normalisation de la soumission… et leurs effets pervers sur la construction identitaire et sexuelle et la capacité à dire l’indicible.

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    1. Merci pour votre passage sur le blog et pour ces précisions :)

      Loin de moi l’idée de minimiser la difficulté de dénoncer des abus, qu’ils aient eu lieu il y a fort longtemps ou récemment. Et vous avez parfaitement réussi à mettre le lecteur mal à l’aise avec ces scènes d’une grand violence, tout en poussant à la réflexion sur l’emprise psychologique.

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