
La publication des cahiers d’Alter Fajnzylberg, détenu à Auschwitz-Birkenau d’avril 1942 à janvier 1945, forcé d’intégrer pendant dix-huit mois un Sonderkommando, constitue une contribution exceptionnelle à l’histoire de la Shoah. Ces écrits inédits, rédigés en polonais à son arrivée en France, entre l’automne 1945 et le printemps 1946, dans l’urgence de dire ce qu’il avait vu dans les camps, furent alors enfouis dans une boîte à chaussures, comme un secret brûlant. Il a fallu des décennies à son fils unique Roger pour les extirper du passé, les faire transcrire, traduire et les contextualiser grâce à l’aide de l’historien Alban Perrin.
Avis
Cette bande dessinée est inspirée du livre du même titre publié aux éditions du Seuil, par le fils d’Alter, Roger Fajnzylberg, avec la contribution de l’historien Alban Perrin, qui travaille au Memorial de la Shoah.
Mis en scène dans la bande dessinée, leurs échangent constituent le fil rouge de la bande dessinée. Ils discutent de la succession des événements et apportent des précisions historiques importantes, complétant ainsi les écrits d’Alter et leur donnant une vision plus « macro », ce qui nous permet de mieux comprendre et situer dans le temps et dans l’espace les événements dont il est question.
Le jeune Alter Fajnzylberg est un idéaliste, il veut faire bouger les lignes. Militant communiste, il s’implique pour plus de justice et contre la montée au pouvoir d’Hitler. Polonais, juif et en France sans papiers, son sort est peu enviable. Arrêté et molesté par la police, il sera transféré dans des camps d’internement français.
En mars 1942, Alter monte dans le convoi n°1 qui le transfère à Auschwitz-Birkenau, lieu d’exécution de la solution finale visant l’extermination systématique des juifs. Il y travaille d’abord comme menuisier puis comme Sonderkommando au Krematorium. Ces prisonniers juifs sont obligés de participer à l’incinération des corps des déportés gazés et des détenus morts de maladie ou exécutés par les SS. Ca fait froid dans le dos. Mais, malgré la faim, le froid et les conditions de détention, son combat militant va se poursuivre et il ne va cesser de lancer des initiatives pour prévenir l’extérieur des exactions commises dans les camps de la mort.
Ce que j’ai vu à Aucshwitz n’est pas une bd de plus sur l’holocauste, c’est le témoignage d’un rescapé. Jean-David Morvan et Victor Matet ont réalisé un formidable travail scénaristique qui, combiné au talent de Rafael Ortiz au dessin, nous immerge totalement dans l’histoire. Le choix des illustrations et des couleurs nous plonge dans cette ambiance sombre et lourde. On se met à la place de cet homme qui a vécu le pire et, lorsqu’on relève la tête, il nous faut quelques minutes pour revenir à notre réalité. Personnellement, je l’ai lu en version numérique mais je pense que la lecture papier doit être encore plus qualitative et permettre de s’immerger encore plus dans l’histoire et de s’attarder sur les détails dessinés.
Une bande dessinée très instructive, dense et rude, qui offre un autre regard sur Seconde guerre mondiale et la Shoah vue de l’intérieur.
Remerciement aux Editions Dupuis pour cette lecture.
Ce que j’ai vu à Auschwitz – Jean-David Morvan, Victor Matet & Rafael Ortiz – Editions Dupuis – 2026
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