
Sylvie est une femme banale, modeste, ponctuelle, solide, bonne camarade, une femme simple, sur qui on peut compter. Lorsque son mari l’a quittée, elle n’a rien dit, elle n’a pas pleuré, elle a essayé de faire comme si tout allait bien, d’élever ses fils, d’occuper sa place dans ce lit devenu trop grand pour elle.
Lorsque son patron lui a demandé de faire des heures supplémentaires, de surveiller les autres salariés, elle n’a pas protesté : elle a agi comme les autres l’espéraient. Jusqu’à ce matin de novembre où cette violence du monde, des autres, sa solitude, l’injustice se sont imposées à elle. En une nuit, elle détruit tout. Ce qu’elle fait est condamnable, passable de poursuite, d’un emprisonnement mais le temps de cette révolte Sylvie se sent vivante. Elle renaît.
Avis
Sylvie Meyer a 53 ans, deux grands enfants et elle est séparée de son mari depuis un an. Stoïque, rien ne la perturbe vraiment, la vie et le temps coulent sur elle sans provoquer de réaction excessive. Toujours dans la mesure, la faute à son éducation et à sa condition de femme qui l’ont poussée à se construire une carapace.
Sylvie est l’employée idéale. Elle ne demande rien, ne se plaint jamais et s’investit dans son travail, qui lui permet de se sentir utile. Personnage d’une moralité à toute épreuve, elle n’approuve pas le comportement de son patron, qui veut virer des travailleurs sous prétexte que l’entreprise va mal. Elle se met à leur place et nous raconte « ses petites abeilles » qui se tuent à la tâche pour nourrir leur famille mais qui sont humiliées au quotidien, perdant toute envie et jusqu’à l’énergie de se battre. Mais la pression monte, le chantage du patron s’accentue et Sylvie, toujours calme et posée, réagit. Tout à coup, sa vie monotone et sans histoire va prendre une tournure différente.
S’adressant directement au lecteur, Sylvie nous apparaît proche, comme si elle partageait une confidence avec nous. Et effectivement, elle nous livre le fond de sa pensée, même si ça n’est pas toujours « socialement acceptable ». Otage d’une vie qu’elle n’a pas réellement choisie, comme beaucoup de femmes, son quotidien monotone écrase tout le reste. Mais que gardera-t-elle de cette vie sans aucune surprise ni grands moments de bonheurs?
J’avoue ne pas avoir été convaincue par l’écriture. Les phrases ont la particularité d’être très longues (plusieurs lignes). On y suit la pensée de Sylvie, qui a tendance à tergiverser et à s’éloigner du sujet initial, ce qui me dérange fréquemment.
Très introspectif, je pense que ce roman aurait pu me plaire, par la thématique abordée et grâce au personnage de Sylvie, si la narration avait été différente.
Bon, ça ne m’empêchera pas de lire à nouveau Nina Bouraoui mais je reste un peu sur ma faim.
Otages – Nina Bouraoui – Editions JC Lattès – 2020
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