
La célébrité est ma vie. Est-ce que j’étais préparée à un tel succès ? Bien sûr que oui.
Cléo grandit dans une famille dont elle déplore la banalité. Dès l’enfance, elle n’a qu’une obsession : devenir célèbre. Au fil des années, Cléo saute tous les obstacles qui s’imposent à elle, arrachant chaque victoire à pleines dents, s’entaillant la cuisse à chaque échec.
À la surprise de tous, sauf d’elle-même, Cléo devient une star mondiale, accumulant les millions de dollars, les villas à Los Angeles et les récompenses….
Avis
La narratrice de ce roman est Cléo Louvent. On la découvre à 32 ans alors qu’elle est une chanteuse célèbre. Elle passe trois semaines de vacances sur une ile privée paradisiaque, seule et sans aucun moyen de communication, le moment de faire une pause après la sortie de son 3e album.
Le temps dont elle dispose est l’occasion de revenir sur son parcours pour en arriver là. On découvre alors une jeune femme détestable : imbue d’elle-même, arrogante, jalouse de ceux qui réussissent, sans aucun respect pour son public ni même pour les autres célébrités, exécrable avec ses collaborateurs… Un personnage qui ne laisse pas indifférent.
« Je n’ai qu’un seul destin : que tous reconnaissent ma supériorité »
Ce roman dévoile les coulisses de la célébrité : un niveau de pression important, l’obligation de rester dans l’actualité, avec des tournées toujours plus longues et des interviews de dernière minute, elle doit apprendre à « vendre sa soupe », sans jamais aborder les sujets polémiques ni donner son véritable avis mais aussi la fatigue extrême et le masque qu’elle doit porter en permanence en public. Elle compare la célébrité à une drogue dure, qui nécessite toujours plus d’émotions et de sensations fortes.
Si le personnage de Cléo est antipathique, on ne peut pas nier qu’elle garde son objectif en tête, acharnée et bosseuse, jamais satisfaite de son travail. Elle est réaliste aussi :
« Si la célébrité soudaine est une boisson, elle ne ressemble pas à une coupe de champagne, pétillante et festive. La célébrité est violence et brutale comme dix shots de tequila, où chaque gorgée s’accompagne d’un pincée de sel (les critiques) et d’une rondelle de citron (l’argent). J’enchaîne les verres. J’ai la tête qui tourne, envie de vomir, et surtout, je n’ai plus les idées claires. A partir de ce moment-là, tout est devenu flou. »
Célèbre est aussi mordant que le premier roman de Maud Ventura. Il nous pousse à réfléchir à la célébrité en allant au-delà des strass et des paillettes. Parce que le tout n’est pas d’arriver au sommet, mais d’y rester, à force de sacrifices et de travail.
Le texte est rythmé, bien construit et nous emporte facilement. Cependant, la longueur du roman (plus de 500 pages), la répétition du discours (Moi, Moi, Moi) et le point de vue unique de Cléo ont aussi provoqués une perte d’intérêt à un moment donné.
Trouver une fin à ce type de roman, digne du personnage, n’était pas facile. Maud Ventura aurait pu tomber dans les clichés et les chutes faciles mais elle a, au contraire, habilement manœuvré pour sortir son épingle du jeu avec brio, tout en satisfaisant le lecteur en quête d’une certaine « justice ».
Une agréable lecture et un très bon deuxième roman.
Célèbre – Maud Ventura – L’Iconoclaste – 2024
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