
De retour au village de Gourdon, Nico est renvoyé à son passé et aux meurtres non élucidés qui ont secoué le village trente ans plus tôt. Le prédateur qui sévissait à l’époque court toujours. La menace sourde plane encore. Personnage à part entière, la nature provençale colore cette intrigue de ses ombres et lumières.
Quelle est cette créature qui a déposé à l’aube le cadavre d’une jeune inconnue devant l’auberge de Gourdon ? Que veut-elle exposer ? Nul ne croit vraiment à la thèse de l’accident, et dans le village à la tranquillité bousculée, les langues médisantes accusent les Camillieri, une famille de marginaux récemment installée sur les hauteurs. La rumeur enfle et détourne l’attention des ombres menaçantes qui rôdent. Déterminée à protéger les siens, la mère Camillieri se lance à leur poursuite. Mais le silence s’installe, dense comme la roche qui les cerne, et scelle les lèvres des coupables. Patience… La vérité attend son heure.
Avis
Après L’Horloger, dont les accents politiques et sociaux m’avaient particulièrement marqué, j’étais curieuse de découvrir le nouveau roman de Jérémie Claes. Avec Cavillore, l’auteur nous emmène à Gourdon, un petit village provençal niché au pied de la montagne du même nom. Un décor rural où chacun connaît son voisin, où les habitudes semblent immuables et où les secrets peinent à le rester longtemps.
Tout bascule lorsqu’une chienne aux dimensions hors normes dépose le corps sans vie d’une jeune fille au beau milieu de la rue principale. Personne ne connaît cette « pitchoune », qui apparait comme « une note dissonante qui perturbe l’immuabilité de la campagne ».
Très vite, les rumeurs se propagent. Dans ce microcosme où tout le monde s’observe, les soupçons trouvent rapidement des coupables tout désignés. Les regards se tournent vers les Camillieri, une famille installée un peu à l’écart du village. Luigi et Ariane vivent dans leur ferme avec leurs enfants et l’oncle Claude, cultivant fruits et légumes et fabriquant du fromage de chèvre. Des habitants appréciés de certains mais qui restent des pièces rapportées aux yeux d’une partie de la communauté.
Dans Cavillore, l’intrigue démarre comme un roman policier mais prend rapidement d’autres voies. L’enquête est présente, portée notamment par Ariane qui cherche à innocenter sa famille, mais ce n’est pas elle qui occupe toute la place. Jérémie Claes s’intéresse avant tout aux habitants de Gourdon, à leurs relations, à leurs rancœurs et à leurs peurs. La galerie de personnages est d’ailleurs particulièrement réussie. Ils sont nombreux mais tous possèdent une personnalité marquée qui les rend immédiatement identifiables. Personnellement, le personnage de Rémi est de ceux qui m’ont le plus marqué, un jeune homme violent et imprévisible qui incarne une jeunesse désœuvrée dont les tensions traversent le village.
Au fil des pages, l’atmosphère devient de plus en plus pesante. Après la découverte du corps de la jeune fille, des chèvres disparaissent ou sont retrouvées égorgées. Quelque chose rôde autour de Gourdon, une menace diffuse qui inquiète les habitants.
Pourtant, ce roman ne bascule jamais dans les codes du thriller pur. Je m’attendais à un roman noir plus classique et à une enquête plus centrale. Or, Jérémie Claes prend le temps d’installer le décor, de faire vivre le village et d’explorer les liens qui unissent ses habitants à leur territoire. Le suspense existe, mais il reste en arrière-plan au profit de la chronique humaine.
J’ai également été étonnée par la dimension fantastique qui traverse le récit. La montagne de Cavillore constitue un personnage à part entière à qui sont données des caractéristiques humaines, une pensée, une intention, des messages qu’elle délivre aux animaux.
Le récit est porté par Nico, devenu écrivain. À la demande d’Ariane, il revient sur cet été 1993 qui a bouleversé de nombreuses vies. À travers son regard, on ressent tout l’amour porté à Gourdon, à ses habitants et à cette région qui l’a vu grandir.
Avec Cavillore, Jérémie Claes signe un roman noir rural profondément ancré dans la réalité. Derrière le mystère initial, il explore les mécanismes de la rumeur, la méfiance envers ceux que l’on considère comme différents, mais aussi la solidarité qui unit les communautés rurales. Un roman plus humain que véritablement policier, porté par une atmosphère singulière et une nature fascinante qui occupe presque autant de place que les personnages.
Une lecture qui m’a parfois déstabilisée par rapport à ce que j’en attendais, mais qui m’a séduite par son ambiance, ses personnages et cet attachement sincère à un territoire.
Cavillore – Jérémie Claes – Editions Héloïse d’Ormesson – 2026
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