Les éléments – John Boyne

Note : 4 sur 5.

D’une mère en fuite sur une île à un jeune garçon prodige des terrains de football, en passant par une chirurgienne des grands brûlés hantée par des traumatismes et enfin, un père qui monte dans un avion pour un voyage initiatique avec son fils, John Boyne crée un kaléidoscope de quatre récits entrelacés pour former une fresque magistrale.
Grâce à une prose envoûtante, John Boyne sonde les éléments et les êtres avec une empathie extraordinaire et une honnêteté implacable, nous mettant sans cesse au défi de confronter nos propres définitions de la culpabilité et de l’innocence.

Avis

De John Boyne, je n’ai lu que Le garçon au pyjama rayé et, en commençant ce roman, je ne m’attendais à rien de particulier. La claque n’en a été que plus puissante.

Très éloigné de la littérature jeunesse, ce roman s’adresse à un public averti. Toutes les histoires tournent autour du sexe vécu de façon malsaine (voyeurisme, manipulation, menaces, chantage…), avec la thématique du viol sur mineurs comme fil rouge. Certaines scènes sont difficiles à lire mais John Boyne n’est jamais dans la surenchère gratuite. Ce qu’il explore dans ce roman, ce sont les conséquences psychologiques de ce traumatisme sur les victimes et leur entourage.

Chaque chapitre porte le nom d’un élément naturel, auquel sont associés des personnages. L’eau dans laquelle Hale Willow aime se baigner, la mer qui a vu sa plus jeune fille se suicider par noyade et le vecteur par lequel son ex-mari a abusé de jeunes enfants. La terre qu’Evan Keogh a voulu quitter pour accomplir le rêve de son père, mais qui se rappelle sans cesse à lui. Le feu dont le docteur Freya Petrus combat chaque jour des ravages mais qui couve aussi en son sein, lorsqu’elle détruit méthodiquement de jeunes garçons à peine pubères. Et, enfin, l’air, c’est ce temps infini qu’Aaron Umber et son fils Emmet passent dans un avion pour rallier l’Australie à l’Irlande à l’occasion de l’enterrement d’Hale Willow. La boucle est bouclée.

Les éléments est un roman psychologique tiré au cordeau. L’auteur y crée un entrelacs d’histoires et de personnages qui se répondent, créant une structure particulièrement intéressante, où le moindre détail est pensé. Un personnage secondaire dans un chapitre devenant le narrateur de l’histoire suivante. A chaque fois, John Boyne a réussi à m’étonner par le choix du personnage mis en avant et par la tournure des événements.

La psychologie des personnages est fouillée et apporte une densité presque palpable au récit. L’auteur sonde en profondeur leur vécu, les conséquences des mauvais traitements subis et la manière dont chacun compose avec ces blessures. Repli sur soi, culpabilité, ressentiment, recherche de reconnaissance ou encore victime devenant bourreau, les réactions sont multiples.

Les éléments est un roman particulièrement abouti, caractérisé par une atmosphère oppressante et chargée de tension. Un roman dont on se souvient longtemps après l’avoir refermé et qui me donne envie de lire les autres romans de cet auteur irlandais, que je découvre ici de façon différente.

Des conseils ?


Les éléments – John Boyne – JC Lattès – 2025

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