La gardienne – Sonja Delzongle

Note : 3.5 sur 5.

Au cœur d’une sombre forêt du Morvan, tout près d’un lac aux eaux opaques, se dresse une maison en bois. C’est là que vivent les Olsen, depuis l’agression à l’école de leur fille Rune. Le père a imposé cette retraite, promesse d’autonomie et de sécurité, pour fuir un monde violent. Mais les filles Olsen découvrent que la vie en vase clos est un piège.

Avis

La famille Olsen pourrait sembler ordinaire. Elle est constituée des parents, Frode et Mathilde, et de leurs filles Gerda et Rune la cadette. Sauf que cette dernière, élevée par son père comme le garçon qu’il n’a pas eu, se fait harceler à l’école et agresser violemment. Le père décide alors de fuir Lille avec tout sa famille, pour s’installer en Bourgogne au milieu d’une forêt en bordure d’un lac.

Le lieu baptisé La Petite Norvège, en référence aux origines de Frode, impose un changement de vie radical à toute la famille. Ils y vivent en autonomie, de la pêche, de la chasse et d’un potager pour les légumes.

Et c’est là que le thriller psychologique prend toute son ampleur. Chacun des membres de la famille Olsen va réagir différemment. Rune s’épanouit dans ce nouvel environnement au contact de la nature et prend un plaisir malsain à chasser avec son père, apprenant à tuer et à dépecer des animaux. Alors que Gerda souffre de l’isolement, sans cesse dénigrée par son père, qui la rend responsable de l’agression de Rune, elle est cantonnée aux tâches ménagères et laissée sans instruction. Mathilde, opposée à ce choix de vie, s’efface petit à petit, ne cherchant ni à protéger ses filles ni à lutter.

Mais la transformation la plus spectaculaire vient de Frode. Dans cette forêt, il se transforme et, agissant comme un mâle alpha, il dicte sa loi, impose sa manière de vivre. Rapidement, son comportement apparait de plus en plus problématique. Brutal, il use de violence pour se faire respecter, ne supportant aucune opposition. Loin des conventions sociales, son déséquilibre mental apparait au grand jour.

Dans ce roman, Sonja Delzongle met l’accent sur les mécanismes psychologiques de défense et la résilience face à des événements traumatiques. Et face aux violences qu’elles subissent, les deux sœurs font preuve de détermination, de courage et d’une force de caractère admirables.

Tout le monde est à cran et on sent que la situation ne peut que mal tourner. J’ai été impressionnée par la manière dont Sonja Delzongle arrive à nous tenir en haleine dans cette histoire d’une violence psychologique inouïe. Le rythme est nerveux, l’atmosphère oppressante et la tension soutenue tout au long de la première partie. C’est simple, j’avais l’impression de lire en retenant mon souffle.

Pourtant, ce stress intense retombe dans la deuxième partie du roman, à partir du moment où la famille vole en éclat. La narration devient alors plus classique et moins prenante, s’attardant sur les dernières années de Rune et Gerda, dont les chemins de vie sont radicalement différents.

J’ai trouvé ça dommage parce qu’après la tension du début, c’est comme si le soufflé retombait. D’autant que le final ne m’a pas convaincu, tous les mystères trouvant leur réponse en quelques pages d’explications bien ficelées.

De La gardienne, je retiens surtout l’atmosphère oppressante qui s’en dégage. Sonja Delzongle signe un thriller psychologique sombre et dérangeant, porté par deux héroïnes auxquelles on s’attache. Une lecture qui m’a fait passer par de nombreuses émotions et dont je me souviendrais.


La gardienne – Sonja Delzongle – Fleuve Editions – 2026

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