Le chant des innocents – Piergiorgio Pulixi

Note : 3.5 sur 5.

Lorsque la police arrive, la scène du crime est glaçante : 85 coups de couteau et une gamine de treize ans. Mais ce n’est pas la victime… c’est la meurtrière. Elle est restée là, le poignard encore levé, un sourire diabolique aux lèvres. Quand d’autres crimes violents sont commis par des jeunes collégiens, l’inspectrice Teresa Brusca demande au commissaire Strega, suspendu suite à un ”accident”, d’enquêter officieusement avec elle. Très vite, Strega a l’intuition que ces adolescents tueurs sont unis par un secret. Mais lui aussi a sa part d’ombre. Brillant policier, il est obsédé par un besoin inassouvi de justice qui le met parfois en rage. Face à ces crimes d’enfants, il est prêt à tout pour apaiser en lui le chant assourdissant des victimes.

Avis

Le chant des innocents est la première enquête mettant en scène le commissaire et criminologue Vigo Strega. Etant donné que je découvre la série dans le désordre, c’est ma troisième rencontre avec ce personnage et, je vous rassure de suite, chacune des enquêtes de la série peut être lue indépendamment.

Le roman aborde la criminalité adolescente. L’affaire qui préoccupe les enquêteurs est en effet étonnante: plusieurs meurtres violents ont été perpétrés par des jeunes, qui refusent ensuite d’expliquer leurs gestes. Cette thématique est intéressante et rarement explorée en littérature. On y aborde la psychologie de ces jeunes mal dans leur peau, en manque de reconnaissance, en proie à des émotions négatives qu’ils n’arrivent pas à gérer et qui se laissent influencer par des adultes de confiance, qui les persuadent que tuer l’objet de leur malaise va régler leurs problèmes. En échange d’argent ou de faveurs, ces adolescents se laissent piéger. Ils ne risquent pas grand chose puisque la loi considère les mineurs comme pénalement irresponsables et les adultes ne sont pas inquiétés tant qu’ils ne sont pas retrouvés.

De façon générale, ce roman interroge les notions de bien et de mal et brouille constamment les frontières entre ce qui est légal, moral et juste. A partir de quel moment les valeurs personnelles et la conscience individuelle peuvent-elles prendre le pas sur les conventions sociales et les lois ? Une réflexion qui agite aussi le commissaire Strega, suspendu suite au décès de son coéquipier, dans lequel il est impliqué.

Personnellement, en lisant ce roman, j’avais l’impression de connaitre les personnages depuis toujours. On pourrait déplorer que la vie personnelle de chacun des protagonistes est détaillée mais elle nous permet surtout de cerner les personnages, de les relier les uns aux autres, de comprendre leur psychologie et les décisions qu’ils prennent.

Evidemment, Strega, le personnage principal, prend beaucoup de place tant physiquement, avec sa carrure de rugbyman et sa voix grave, que par son implication dans l’enquête. Pourtant, sous ses airs de brute se cache un grand sensible, encore amoureux de son ex-femme, et qui ne fait confiance qu’à quelques personnes triées sur le volet. Ses méthodes d’enquête sont certes un peu originales mais sa droiture et sa loyauté sont reconnues. Et c’est cette efficacité et ce flair que Teresa Brusca vient chercher alors même qu’il est suspendu.

En stoemelings, comme on dit en Belgique, Strega va donc appuyer ses collègues et chercher le point commun entre ces jeunes, persuadé qu’ils sont manipulés par un marionnettiste qui les pousse à passer à l’acte. Et alors que la première édition de ce roman date de 2015, on découvre que Piergiorgio Pulixi était visionnaire et imaginait déjà les dérives que les jeux en ligne pouvaient provoquer. L’histoire est donc tout à fait actuelle et n’a pas pris une ride.

De mon côté, j’ai découvert cette histoire à travers sa version audio, magnifiquement lue par Florian Wormser. Son interprétation des différents personnages est excellente, il donne une épaisseur et une présence à chacun des protagonistes, ce qui nous permet de les distinguer très rapidement. Mention spéciale pour Palamara, le chef de Strega, qui s’emporte avec force gestes, j’avais l’impression de le voir devant moi!

Un livre audio d’un peu plus de 5 heures que j’ai fort apprécié, qui me donne envie de retrouver l’équipe dans d’autres enquêtes, d’autant qu’une lieutenante de gendarmerie pas très nette fait une entrée tardive dans l’histoire , que l’on va sans aucun doute retrouver dans la suite de la série.


Le chant des innocents – Piergiorgio Pulixi – Audiolib – 2024

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