Commandant Solane – Jérémie Claes

Note : 4.5 sur 5.

Sur la plage de Cannes-La Bocca, des corps s’échouent sous les yeux effarés des vacanciers. Quarante-deux au total, dans un état effroyable: carbonisés et mutilés. Pourquoi ont-ils été si sauvagement exécutés ? Révolté par ce drame que l’on cherche à étouffer, Solane, flic à la retraite, reprend du service et se lance dans une enquête explosive. Il pourra compter sur Jasmine, activiste pour les droits des réfugiés, et Moussa, seul survivant du massacre. Mais dans ce département gangrené par le Rassemblement Patriotique, parviendront-ils à déjouer les sombres desseins d’une milice qui mène une croisade terrifiante ?

Avis

Commandant Solane n’est pas présenté comme une suite de L’Horloger mais plusieurs éléments sont communs aux deux romans de Jérémie Claes. A commencer par le personnage de Bernard Solane, ex-flic maintenant à la retraite, toujours accompagné de Victor Doumergue, son ancien chef, dit Le Busard.

A partir de la découverte de 42 corps calcinés échoués sur la plage de La Bocca, l’auteur nous livre un roman politique d’une grande qualité. Dans son viseur : l’extrême droite, ici représentée par Anaïs Pringent, Vice-présidente du Rassemblement Patriotique. Caricatures de personnages politiques existants, Anaïs et sa tante briguent le sommet de la politique française et sont prêtes à tout pour y arriver. Antisémitisme, racisme, homophobie et haine des migrants, les sujets de prédilection de ces partis de droite sont toujours les mêmes.

Bernard Solane, s’il peut sembler bourru au premier abord, est en réalité un homme au grand cœur, qui n’a rien perdu de sa colère face à l’injustice. Malgré son âge, son embonpoint et son cœur fragile, il est déterminé à faire la lumière sur cet événement malheureux et à rendre justice à ces personnes tandis que la police, elle, est inexistante, muselée par Anaïs Pringent.

« Ca me dégoute. On les laisse sombrer en mer sans lever le petit doigt. Pire, quand on les repêche, personne ne veut les accueillir. On ferme les ports aux navires. On les envoie à perpète. On voit des mômes de trois ans noyés et échoués, des bébés aussi, des bébés, putain. On s’insurge deux semaines, et puis que dalle. Rien ne change. »

Parallèlement, dans les Alpes-Maritimes, autre point d’entrée vers la France, Jasmine et son réseau accueille et accompagne les migrants arrivés par la montagne. Parmi eux, Moussa, un jeune ivoirien de 17 ans. Parti d’Abidjan avec son oncle, il arrive seul et évoque les étapes par lesquelles ils sont passés : les tortures, les coups, les viols, les coûts de passage exorbitants, le manque de nourriture et d’eau, la chaleur écrasante… Une réalité révoltante alors que ces personnes cherchent uniquement une vie meilleure.

Les amateurs d’hémoglobine ne sont cependant pas en reste. Entre un groupuscule violent qui se bat à l’épée et le Diable qui fait le ménage en charcutant ses victimes, il y a des giclées de sang toutes les trois pages. Commandant Solane est un roman comme je les aime, mêlant un thriller mené tambour battant et une histoire humaine forte. Documenté, ancré dans la réalité et tellement dur par moment, particulièrement quand Moussa évoque les atrocités qu’il a vécues.

Mais Jérémie Claes sait aussi nous aménager quelques pauses pour faire redescendre la pression. J’ai adoré le ton de ce roman. Ca cause en dialecte, en italien et en français, ça s’insulte gentiment, toujours entourés des bons petits plats du Sud. Et, l’auteur belge étant aussi caviste, il y a toujours une bouteille de vin qui traine.

Commandant Solane est un excellent roman, dense et solidement charpenté, du genre qui vous reste en tête longtemps après sa lecture. Un roman que je vais classer à côté de celui d’Olivier Norek, Entre deux mondes, qui évoque les migrants à Calais, et qui m’avait fortement marqué.

PS: peu après ma lecture, je suis tombée sur un article qui évoquait le principe de fraternité dont il est question dans ce roman. Inscrit dans la loi française, il évoque la possibilité pour tout un chacun d’apporter une aide désintéressée aux migrants sans être poursuivi, puisqu’elle relève de la liberté d’aider autrui dans un but humanitaire. Personnellement, je ne connaissais pas ce principe, qui parait pourtant évident, mais qui n’est pas encore inscrit dans toutes les législations européennes.


Commandant Solane – Jérémie Claes – Editions Héloïse d’Ormesson – 2025

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