La maison aux neuf serrures – Philip Gray

Note : 3.5 sur 5.

Bruxelles, février 1952. Un incendie se déclare dans un entrepôt. On y retrouve le corps d’un veilleur de nuit. Simple accident ? Envoyé sur les lieux, le commandant De Smet semble en douter.
Gand, avril 1957. Après une enfance marquée par la maladie, la jeune Adélaïs de Wolf reçoit de son oncle un curieux héritage : une maison dont elle ignorait l’existence. Celle-ci possède neuf serrures et Adélaïs découvre bientôt à sa grande stupéfaction la raison d’une telle protection. Alors que son existence prend un nouveau tournant, totalement inattendu, elle va bientôt devoir faire face aux investigations du commandant De Smet, un homme qui ne lâche rien, jamais.

Avis

Après un premier roman que j’avais adoré, Philip Gray nous emmène dans la Belgique d’après-guerre

A Gand, la famille De Wolf n’est pas riche. Le père fait tourner son petit commerce tant bien que mal, la mère est au foyer et, à 15 ans, Adelaïs quitte l’école pour gagner sa vie et subvenir aux besoins de la famille. Suite à un événement dont l’adolescente est tenue éloignée, l’atmosphère se dégrade encore : son père se noie dans l’alcool tandis que sa mère se réfugie dans la religion et les œuvres caritatives.

Adelaïs a toujours été proche de son oncle Cornelis, le seul qui croyait en elle et voyait en son handicap un détail à dépasser plutôt qu’un obstacle insurmontable. A la mort de celui-ci, la jeune femme hérite d’une grande maison dont elle ne connaissait pas l’existence. Ce qu’elle y découvre la laisse sans voix car cela dévoile un aspect inconnu de la vie de son oncle et remet en question la relation privilégiée qu’ils avaient. Mais cet héritage démontre aussi l’immense confiance qu’oncle Cornelis avait en sa nièce.

Parallèlement, le commandant De Smet et son adjoint Toussaint sont sur la piste d’un faussaire qui inonde le pays de faux billets de 500 francs parfaitement contrefaits. Il n’a aucun doute : des plaques d’impression originales ont été dérobées et il s’agit de les retrouver très rapidement. Son enquête durera plus de 10 ans avant qu’il ne mette la main sur ce précieux matériel.

Une aventure rocambolesque dans les coulisses d’une criminalité peu visible. Un roman policier historique qui est comme le témoin d’une époque puisque Philip Gray mêle la grande Histoire de la Seconde guerre mondiale et la petite histoire, le quotidien de milliers de citoyens.

Si j’ai apprécié le contexte historique de ce roman, le manque de vraisemblance de l’intrigue m’a dérangé. La fabrication des faux billets paraît d’une facilité déconcertante, tout comme leur mise en circulation. Mais c’est surtout le parcours d’Adelaïs et de Saskia qui m’interroge : à peine âgées d’une vingtaine d’années, sans expérience particulière, elles parviennent à bâtir un véritable empire et à gérer un hôtel de luxe avec une aisance difficilement crédible. Leur célibat prolongé, dans le contexte de l’époque, ajoute encore à cette impression de décalage.

J’ai été étonnée de découvrir que certains personnages secondaires semblent abandonnés en cours de route. Le départ de la mère d’Adelaïs, d’abord à Lourdes puis en Afrique pour aider les autres, en est un exemple. Après avoir occupé une place importante dans le récit, elle disparaît presque complètement, sans que l’on sache ce qu’elle devient. Au fil des pages, ces invraisemblances finissent donc par fragiliser un récit qui aurait pourtant pu être beaucoup plus convaincant sur le plan historique.

La personnalité des personnages principaux est, par contre, bien rendue. Adelaïs, dont les conditions de vie difficiles ont forgé le caractère, est têtue, ambitieuse et battante, bien qu’elle laisse ses émotions et sentiments pour un certain jeune homme l’affecter. Saskia, elle, est plus superficielle mais son attachement fidèle à Adelaïs, qu’elle protège et seconde, joue en sa faveur. De Smet, est quant à lui la caricature du flic proche de la retraite, qui a une belle carrière derrière lui mais qui s’accroche à cette affaire contre l’avis de sa direction.

La maison aux neuf serrures est un roman assez long, qui prend son temps pour se développer et qui ne m’a pas convaincue.


La maison aux neuf serrures – Philip Gray – Sonatine Editions – 2025

Du même auteur

Laisser un commentaire

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑