
Deux Bruxellois qui n’auraient jamais dû se croiser lient connaissance dans d’étranges circonstances. L’un professeur de français, militant de la francité, affligé d’une phobie des oiseaux ; l’autre Flamand installé dans la capitale, collectionneur de graffitis dans les toilettes publiques et persuadé que le néerlandais est la langue du paradis, celle, primordiale, dont toutes les autres découlent. La relation difficile entre l’enseignant et l’épigraphiste amateur sera bouleversée par l’irruption d’une jeune Roumaine, serveuse dans un salon de thé huppé à la clientèle gay. Mainate en folie, tenancière de bistrot amoureuse, concierge plutôt nature, invasion de rats, cataclysmes hénaurmes, rien ne leur sera épargné dans la capitale d’une Belgique minée par ses éternelles escarmouches communautaires et linguistiques.
Avis
Ce premier roman du Belge Robert Massart m’a laissé une impression contrastée.
Tout commence dans une gare bruxelloise, où Ernest Dubois, professeur d’université et défenseur acharné de la langue française, fait la connaissance de Kommer Baert, un épigraphe passionné par les inscriptions et graffitis qu’il relève dans les toilettes publiques. Les deux hommes, aussi atypiques l’un que l’autre, se découvrent une passion commune pour les mots et entament une relation faite de discussions, de débats linguistiques et de rencontres plus ou moins régulières.
Dès les premières pages, on sent que Robert Massart aime profondément la langue française. Cet amour des mots est sans doute la plus grande qualité du livre mais il devient aussi son principal défaut. Par moments, j’ai eu l’impression de lire un exposé plus qu’un roman. Les débats linguistiques occupent une très grande place : tensions entre Flamands et Wallons, place du français en Flandre ou encore particularités du parler bruxellois… Je ne nie pas que ces sujets font partie de notre réalité belge, mais ces tirades qui s’étendent parfois sur plusieurs pages étouffent l’histoire et noient l’intrigue sans apporter de réelle plus-value.
C’est un roman que je qualifierais de belgo-belge. Il regorge de belgicismes et d’expressions régionales, évoque évidemment les questions politiques et les désaccords entre le nord et le sud du pays, un ancrage régional qui m’interroge sur la portée d’un tel roman en dehors de nos frontières. A travers ses personnages, l’auteur a aussi tendance à relayer les préjugés sur les différentes communautés ou sur le métier d’enseignant et je dois bien dire que cette vision très orientée et peu nuancée m’a fortement dérangée. Et puis, des contradictions flagrantes apparaissent, par exemple, lorsque notre fervent défenseur de la langue française utilise des anglicismes ou que certains passages ont été francisés à destination d’un lectorat français.
Le roman souffre aussi de quelques longueurs et d’une construction parfois déroutante. Les changements de point de vue ne sont pas toujours clairement identifiables et il m’est arrivé de devoir revenir en arrière pour comprendre qui s’exprimait. Si le travail sur la langue est important, on a par contre négligé l’enjeu de ce roman. Les personnages se rencontrent, discutent autour de leur passion pour la langue française, s’affrontent pour obtenir les faveurs de la belle Lili, mais sans qu’une véritable direction ne se dessine.
Pour autant, plusieurs personnages apportent une vraie fraîcheur au roman. J’ai pris plaisir à suivre Perceval, le gérant du salon de thé, personnage fantasque qui change de partenaire comme de chemise, ou encore Lili dont le regard très acéré sur la Belgique se révèle souvent pertinent et amusant. Bien qu’ils flirtent avec la caricature, ils possèdent suffisamment de personnalité pour retenir l’attention.
Une histoire belge est un roman plutôt rythmé. Malgré ses nombreuses digressions, il se lit facilement et sans véritable temps mort. Avec quelques notes d’humour qui prêtent à sourire.
Au final, ce roman ne m’a pas totalement convaincue parce qu’il peine à trouver son cap, tant dans la forme que dans le fond, comme si on avait voulu y mettre trop de choses. C’est un peu dommage mais je ne suis pas contre la lecture d’un autre roman de Robert Massart, pour voir comment évolue son écriture au fil de ses publications.
Une histoire belge – Robert Massart – M.E.O. Editions – 2020
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