
Marcel coule une retraite paisible entre sa femme Mireille, Jeff et Marius, les visites épisodiques de Denis, l’ami d’orphelinat et le petit resto de quartier La Frigousse. Le couple est resté stérile et Marcel souffre de n’avoir pu offrir à un enfant l’affection qu’il n’a pas reçue lui-même. Or, Mireille décède au terme d’une brève maladie et, à son enterrement, paraît Viviane, une mystérieuse demi-soeur inconnue, mère d’un charmant Gauvain. Malgré les appels à la prudence de ses amis, Marcel, devenu « Tounet » pour l’enfant s’enlise dans une fascination dont, trop naïf, il ne perçoit pas l’ambiguïté. Jusqu’à la catastrophe pressentie…
Avis
Des années d’enchantement est ma première lecture dans le cadre de la campagne Lisez-vous le belge? mais ma deuxième rencontre avec cet auteur belge.
Marcel a grandi dans un orphelinat de garçons. Il n’a jamais vraiment connu l’amour familial et garde un regret profond : celui de ne pas avoir eu d’enfant avec son épouse, Mireille. Alors, lorsque Viviane, une demi-sœur de Mireille dont il ignorait l’existence, se présente à ses funérailles accompagnée de son fils de treize ans, Gauvain, Marcel y voit presque un cadeau du destin. Peut-être l’occasion de devenir enfin la figure paternelle dont il a toujours rêvé.
L’histoire est racontée à la première personne par différents personnages (Marcel, Jeff, Marius) et cette construction narrative m’a plus d’une fois perturbée. Les voix se succèdent, les narrateurs changent régulièrement sans que cela soit toujours clairement annoncé, ce qui m’a parfois obligée à revenir en arrière pour retrouver mes repères.
J’ai du mal à cerner le personnage de Marcel. Travailleur, bon artisan, il semble être un homme simple, presque naïf, qui a conservé une certaine innocence. Son rapport aux autres, et particulièrement aux hommes, est pourtant bien plus complexe qu’il n’y paraît. L’homosexualité occupe une place importante dans le récit à travers Jeff et Marius, surnommés « les pédés d’en face » (!) mais aussi à travers Marcel lui-même. Il faut dire que, depuis l’enfance, son comportement vis-à-vis de la gent masculine est assez ambivalent puisqu’il recherche la compagnie des garçons et des hommes, apprécie leur physique mais se rapproche d’eux sous couvert d’amitié, sans jamais reconnaître ce qui se joue en lui. Cette thématique apparait en filigrane tout au long du roman mais est toujours abordée par la tangente et jamais de front. Alors que son attirance pour les hommes semble évidente pour son entourage, lui-même reste dans le déni. Je trouve que le personnage aurait pu avoir plus de profondeur et d’introspection.
J’ai trouvé que les invraisemblances s’accumulaient et que certaines situations manquaient de crédibilité. Comme l’amitié soudaine qui relie Marcel et son épouse avec les voisins homosexuels qu’ils insultaient la veille, comme la vitesse avec laquelle Marcel s’attache à Gauvain, croyant trouver en lui le fils qu’il n’a jamais eu. Après une seule rencontre, il le couvre de cadeaux et l’accueille dans sa vie avec une générosité presque aveugle, quasiment prêt à l’adopter.
Certains anachronismes ont aussi renforcé mon impression de manque de cohérence. C’était le cas du vocabulaire parfois employé. L’auteur utilise des expressions très contemporaines comme « meufs » ou « ghoster », qui m’ont semblée peu adaptées à l’époque dans laquelle se déroule le récit.
J’ai également été gênée par certaines réflexions de Marcel sur Gauvain, qui m’ont mise particulièrement mal à l’aise, d’autant que je ne m’attendais pas à ce que le roman prenne cette orientation.
Je connaissais Robert Massart pour ses romans précédents, davantage teintés d’humour. Ici, le registre est très différent, puisque l’histoire prend une tournure tragique et aborde des thèmes sensibles qui m’ont surpris et dérangés. Je reconnais à l’auteur le mérite de m’avoir emmenée vers un récit auquel je ne m’attendais pas, mais je n’ai pas été emportée par l’histoire.
Des années d’enchantement – Robert Massart – Editions M.E.O. – 2026
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